Murphy’s law through practical example
Murphy et moi, on est copains. Ouais. Ça faisait longtemps qu’il m’avait pas rendu visite, je peux pas dire qu’il m’ait manqué mais bon. Ça faisait plutôt longtemps, quoi. Assez pour que je l’aie oublié. Lui pas, apparemment.
Comme certains l’auront lu sur mon Twitter, mon vol de retour de Londres ne s’est pas très bien passé. J’avais prévu d’arriver avec 20 minutes d’avance sur l’ouverture de l’enregistrement.
Tout a commencé avec mon trajet jusqu’à l’aéroport. J’ai loupé mon bus à cause des lenteurs du métro. Silly me, de ne pas avoir pensé à ça. Bon. Heureusement, un autre a suivi peu de temps après, mais avec plus d’arrêts. Ce qui m’a fait arriver 10 minutes avant la fin de l’enregistrement. Jusque là, je me dis que tout va encore bien. Alalala, quelle naïveté.
Après avoir fait la queue pour passer le premier check et entrer dans la queue des portiques de sécurité, le douanier du premier contrôle me refoule sous prétexte que le code barre de ma carte d’enregistrement imprimée par mes soins via Internet n’est pas lisible. J’ai beau lui dire qu’il ne lit pas le bon code barre et qu’il doit passer le 2ème code barre, rien n’y fait. Retour à l’enregistrement, qui était en train de fermer.
Hélas, trois fois hélas, je tombe sur un diletante oisif, qui part pendant 5 minutes vérifier comment faire pour me refaire une nouvelle carte d’enregistrement. WTF…
Finalement doté d’une nouvelle carte d’enregistrement sans ambiguïté possible pour cet ancien soldat qui annonce fièrement ses 10 ans de service dans l’armée avant de s’occuper de la sécurité de l’aéroport, me revoilà dans la queue me permettant d’accéder à la queue d’attente.
À ce moment, je me crois au beau milieu d’une scène de “Astérix et Obélix Mission Cléopâtre“, quand les ouvriers font la queue pour recevoir leur potion magique, avec des panneaux “30 minutes d’attente à partir de ce point”. Sauf qu’ici, c’est 45 minutes, avec mon avion qui décolle dans 40 minutes. Woot. J’interpelle un agent de la sécurité pour lui faire part de mon léger problème. Rien à faire, il faut attendre. Et ne surtout pas contester. Et ne surtout pas revenir en arrière et abandonner, ça serait suspect.
Après avoir passé 42 minutes (gagné 3 minutes \o/) en file à ruminer et pester contre la sécurité, l’aéroport, le métro, le thé anglais et la Terre entière tant qu’on y est, je me trouve à finalement pouvoir passer le portique de sécurité. Dans mes bagages, rien de plus qu’à mon départ, nonobstant un iPod Touch que j’ai dans ma poche. À ce moment, mon avion est censé avoir décollé. Je m’apprête à courir à la porte d’embarquement, en espérant, si Dieu le veut, qu’un quelconque événement l’ait retenu.
Mon espoir n’est que de courte durée, car n’ayant pas fait 2 mètres pour récupérer mon bagage à main, on me dit qu’il va falloir le fouiller. Verdict de la fouille : je me retrouve délesté de mon parfum, de mon shampooing, de mon déodorant (qui n’est pas liquide, au demeurant) et de mon rasoir. Si je comprends le pourquoi du retrait de la lame de rasoir (qui n’avait pas posé de problème à l’aller, pourtant), je suis plus circonspect sur le besoin de bazarder les trois autres objets. C’est avec une larme à l’oeil pour mes objets de toilette et l’arme à l’oeil pour l’agent de la sécurité que je quitte le comptoir de la sécurité.
Mon avion est maintenant censé avoir décollé depuis une dizaine de minutes, et il me faut encore refaire mon sac qui a été complètement vidé. Ne prenant que vaguement la peine de ranger mes affaires dans le sac (mon côté suisse méticuleux et précis en a pris pour son grade), je cours comme si j’avais les sbires de Satan aux fesses, tout en sachant pertinemment que les chances pour que j’ai mon avion s’amenuisent de seconde en seconde.
Je me retrouve tout d’un coup stoppé net dans ma course effrénée, c’est à peine si je ne laisse pas un bout de mes semelles sur le sol en m’arrêtant. Argh. Encore une queue. Pourtant, je pensais toutes les procédures de sécurité terminées ? Et je ne suis pas encore à la porte d’embarquement ? Quid, alors ? Ah. Il faut attendre un espèce de métro interne à l’aéroport qui m’amènera à ma porte. OK. 1 minute d’attente. Si j’arrive à prendre celui-ci, vu la queue.
Et là, tout d’un coup, je me sens moins seul. Des voix françaises qui jurent, elles aussi, contre la sécurité de l’aéroport, le métro, le thé anglais et la Terre entière tant qu’on y est. D’autres co-passagers du vol improbable. Ensemble, nous formons un bélier humain pour nous propulser à l’avant de la queue à grand renfort de “aiqxiouse mi, aïe rilli nide tout tèke disse traïgne, aïe âme véri véri laite”.
Mais la salvation n’est arrivée que quand, une fois à bord du métro, un de mes infortunés co-voyageurs nous annonce qu’il avait des bagages en soute, et que donc, il est probable qu’ils aient attendu son arrivée pour décoller. Dans nos oreilles, une douce voix nous annonce que ceci est “the very last call for the passagers of the Easyjet flight to Geneva, gate 6″. Ouf, nous sommes arrivés. Le temps de faire un dernier sprint et prévenir que d’autres personnes moins endurantes et sportives suivent, nous voilà à bord de l’avion, avec 15 minutes de retard. Je bredouille, entre deux reprises de souffle, que la sécurité m’a retenu, et là une lueur de haine profonde mélangée à de la compassion se lit dans les yeux du personnel d’accompagnement, lueur accompagnée d’un “We know, they’re mental, now, take it easy, have a seat and relax”.
Mais mon histoire serait bien monotone si elle s’arrêtait là. Nous voilà à attendre le décollage de l’avion. On nous annonce un retard à cause du temps. Arrrgh. 40 minutes après l’heure de décollage initiale, nous voilà dans les airs, ouf, enfin.
Une fois dans les airs, les discussions sympathiques et pleines d’envies de meurtres continuent avec mes compagnons retardataires. À nous 5, nous reconstruisons le monde. Un monde sans portiques de sécurité ni personnel associé. Et sans slims, faut pas déconner. Armés de nos idées de révolution, le temps file sans que nous nous en rendions compte. Et nous voilà atterris à Genève.
Je vous vois venir : “Et ?”. Oui, il y a une suite à l’histoire encore. Nous n’avons pas rattrapés notre retard dans les airs, et avons atterris avec autant de retard qu’au décollage. Mais voilà : je n’habite pas Genève, et j’avais à prendre plusieurs trains pour réussir à retrouver mon chez-moi. Tout était parfait et précis comme une montre suisse dans mon planning. J’avais 30 minutes entre l’arrivée à l’aéroport et le départ du train, et ensuite les correspondances s’enchaînaient à quelques minutes d’intervalles. Mais avec 40 minutes de retard, le train était depuis longtemps parti. Et il s’agissait de la dernière correspondance pour la nuit.
Pour pimenter l’histoire, je pourrais vous raconter que j’ai fait un remake de “Lost in Translation” et dormi dans une aile désaffectée de la zone internationale de l’aéroport. Mais ça, ça n’arrive que dans les films. Non. La réalité, c’est que j’ai une môman krè krè gentille. Rendez-vous est pris dans la gare la plus proche possible du domicile familial, aussi proche que les derniers trains le permettent. Mon propre chez-moi étant trop éloigné, je passerai donc la nuit aux pénates parentales.
Une heure d’attente plus tard, me voilà dans un train me rapprochant de la destination. Encore une petite correspondance à faire. Juste une. Une petite dernière. Je prie le petit Jésus, la Sainte Vierge et les transports fédéraux pour que celle-ci se passe sans encombre. Et je suis quasiment exhaussé. Quasiment. La correspondance part avec une dizaine de minutes de retard (un comble, en Suisse !), retard attribué d’après le contrôleur à un train Italien devant arriver avant qu’on ne puisse partir. Bon. Je peux faire avec. En espérant que môman vérifiera les tableaux d’affichage pour se rendre compte du retard (ce qu’elle fit, au demeurant). Car dans l’histoire, mon accu de téléphone portable est arrivé à vide et je suis sans moyen de communiquer avec le monde extérieur. C’est fou comme on est devenus dépendants de ces petits machins électroniques.
Finalement, tout est bien qui fini quasiment bien, hormis mon parfum, mon déodorant, mon rasoir et mon shampooing (à qui je souhaite un beau futur dans les poubelles de l’aéroport de Stansted, aéroport henni où j’ai à présent juré de ne plus remettre les pieds), et un retour dans un pays avec lequel je ne suis plus d’accord suite au résultat des élections qui ont eu lieues pendant mon absence. Comme refaire le monde à ma manière à 8′000 mètres du sol c’est pas tout à fait la même chose que de changer réellement les choses, et vu qu’apparemment la Suisse a voté ça à la majorité, c’est donc à moi de partir si je ne suis pas content.
Soit. C’est donc moi qui partirai. Londres, me revoilà.
À propos de ce billet
Vous êtes en train de lire “Murphy’s law through practical example,” un billet sur Lionel Riem
- Publié :
- 10.23.07 / 2h
- Catégorie :
- Me, Myself and I, Voyages, UK
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